Surfer D'argent
Par abcreation le vendredi 19 mars 1999, 09:15 - texte - Lien permanent
Aurélien Bambagioni, surfer d'argent.
Aurélien Bambagioni fait partie de cette jeune génération d'artistes qui
applique sans complexes le programme défini par le critique Nicolas Bourriaud
lorsqu'il écrivait : " L'artiste n'a plus pour but de produire des objets,
mais des rapports au monde, des modèles de fonctionnement, mis en mouvement
dans des entreprises ". Evidemment, ces modèles ont encore besoin de
vecteurs matériels sous forme d'objets ou d'images, mais la part la plus
importante de leur réalisation passe par le création d'évènements et le
détournement des réseaux de communication.
En endossant résolument les attributs du chef d'entreprise, Aurélien Bambagioni
devient acteur de sa propre production, et il donne à sa société AB Création la
dimension d'une véritable entreprise médiatique en explorant tous les supports
à sa disposition, Internet, cinéma, merchandising...
En contractant le monde des signes comme territoire de sa production, il
devient sémiote, sa trajectoire est celle du surfer lorsqu'il déchire
l'enroulement de la vague. Mais dans le territoire des signes rien n'est
univoque, et cette figure du chef d'entreprise, équivalent moderne du prince
charmant, Aurélien Bambagioni la double du négatif Warholien de la star,
Pop-star ou vedette médiatique, héros éphémère, marionnette et déchet de la
Société du Spectacle. Cette Société du Spectacle, il en saisit les rênes
délirantes comme un guerrier sur le dos du dragon, et il en pervertit les codes
comme un hacker pirate des données informatiques. Avec lui, il y a toujours
duplicité de la figure, dédoublement des signes, pour mobiliser la puissance du
spectacle au profit de sa propre entreprise, revisitant, remixant cette
sentence de Guy Debord : " Le spectacle édifie son unité sur le
déchirement, de sorte que la division montrée est unitaire, alors que l'unité
montrée est divisée ".
AB Création nous invite à contempler une extension du réel édifié dans le
miroir de la société contemporaine et de ses mythes, et ce reflet nous éblouit
comme les éclairs de ce super-héros de la Bande Dessinée américaine, le Surfer
d'Argent.
Jean-Luc André, 1999